![]() |
|
| Biographie | |||||
|
"Comment faire comprendre à ceux qui depuis leur naissance n'ont connu que les murs aux trous aveugles et les rues sans joie, l'attirance irrésistible de notre "Mare nostrum", et le désir obsédant d'y retourner. " Henri Tomasi
Compositeur abondamment joué et enregistré de son vivant et sur lequel un injuste oubli s'est abattu depuis, tout au moins en France remarquons au passage que la collection "Les Indispensables" des Editions Fayard (ouvrages pourtant bien documentés et sachant évoquer des oeuvres peu connues dans les divers domaines du symphonique, de la musique de chambre, de la mélodie) ne mentionne le nom de Tomasi dans aucun des ouvrages qui la composent. On pourrait reprendre sans rien y changer ce qu'écrivait voici dix ans Frédéric Malmazet-Ducros dans son DEA de musique et musicologie "L'indépendance, tant sur le plan idéologique qu'esthétique, dont fit preuve Henri Tomasi durant toute sa vie, est certainement à l'origine du "purgatoire" dans lequel il se trouve actuellement. Mais il est, à notre avis, une raison supplémentaire qui s'ajoute à celle-ci : Henri Tomasi appartient à une génération de musiciens français que l'on feint d'ignorer actuellement sous le couvert d'un prétendu "non modernisme" apparent ! " Notre travail, modestement, en attendant la commémoration du centenaire du compositeur - tout proche puisque ce sera en 2001 - voudrait redonner droit de cité à Henri Tomasi, dans sa région d'abord, puis au-delà. Droit de cité par la connaissance livresque de l'homme et de l'oeuvre mais surtout en incitant ceux qui font de la musique, ceux qui ont pour tâche de la diffuser, à faire entendre ces partitions, à les faire aimer, à travers les diverses périodes, à travers les diverses inspirations, de ce que Tomasi lui-même appelait ses "sincérités successives" . Une vie Marseille
- la Belle de Mai et non Mazargues (où il vient quelques
années plus tard et où son père Xavier était
facteur) - a vu naître Henri Tomasi le 17 août 1901.
En Avignon se trouve la tombe de cet homme disparu le 13 janvier
1971. Sa haine de Paris ("II
me faut "ma" mer avant d'articuler : " Finita la
commedia " ! Cette atmosphère de Paris : de quoi dégueuler
! " écrivait-il à son fils Claude
en août 1966) lui fit choisir la cité rhodanienne
pour son dernier repos. De longues lignes seraient nécessaires
pour évoquer la jeunesse de Tomasi, ses rapports avec sa
mère, avec son père, les années d'études,
à Marseille et à Paris, les difficiles années
d'apprentissage, les cinémas, les bals, le mépris
de certains, l'amitié de quelques autres : elles n'ont
pas leur place dans cette brève étude. Mais, sans
nul doute, ces événements ont contribué à
façonner une personnalité et son expression par
la musique. "Mon poulet C'est
à son jeune fils, d'ailleurs, que dès 1955 il dédicaçait
sa partition de L'Atlantide avec ces mots : Grands thèmes et préoccupations essentielles Bien
sûr, avec ses adaptations de récits d'Alphonse Daudet,
avec son ballet Les Santons, avec son Tombeau de Mireille,
avec ses arrangements de Noëls de Nicolas Saboly, avec sa
Messe de Minuit pour les moines de Frigolet, avec ses Folies
mazarguaises, Henri Tomasi ancre son inspiration dans la région
et la ville de sa naissance. Osons dire que ce n'est pas dans
ce répertoire - qui n'a cependant rien de médiocre
- pas plus que dans ses Mélodies, en particulier sur des
textes de Francis Carco, de Francis Jammes ou de Paul Fort - là
aussi, un répertoire qu'on a tort de négliger -
que nous trouvons le grand Tomasi. Ces musiques-là sont
bien écrites, savoureuses à écouter, savoureuses
à jouer ou à chanter, disent les interprètes,
elles font preuve d'un véritable métier et d'un
souci de la forme louable, elles témoignent d'une attention
sympathique pour un folklore qui nous est cher, pour des poésies
que nous apprécions. On peut cependant regretter que, souvent,
elles ne fassent autre chose qu'illustrer ces poèmes (à
peine les commenter, parfois), citer ce folklore, un peu le travailler,
sans jamais le transcender pour atteindre à sa vraie nature,
à sa signification profonde et intemporelle : Tomasi, dans
ces pages, n'est pas Bartok, Kodaly, Villa-Lobos, De Falla ou
Milhaud. Paghiella, Cyrnos, Chant
hébraique, Tam-tam, Vocero, Chants
corses, Ajax, Chants laotiens, Danses cambodgiennes,
Chants de geishas, Danses brésiliennes, Caravanes,
Féérie laotienne, Concert asiatique,
Invocation à la lune, Chant des îles,
Complainte du jeune indien, Pastorale inca, Divertimento
corsica, Impressions cyrnéennes, Complainte
et danse de Mogli, Théodore 1er roi des corses,
Noa-Noa, Marche kabyle et chant des jeunes filles
berbères, Jabadao, Dassine sultane du Hoggar,
Le colibri, Les barbaresques, Ulysse, Recuerdos
de los Baléares, Semaine sainte à Cuzco,
Tahitiennes de Gauguin, Variations grégoriennes,
la Moresca, Chants populaires de l'île de Corse... Parlant d'opéras comme l'Atlantide et comme Miguel Mañara, pourrait-on omettre de remarquer comment, adaptant les textes de Pierre Benoît ou de Olivier Venceslas de Milosz pour en faire des livrets irréprochables, Henri Tomasi témoigne de ses connaissances littéraires et dramatiques ? II en donnera une preuve éclatante en réussissant l'adaptation lyrique du Silence de la mer de Vercors. Un tour de force si l'on se remémore ce chef-d'oeuvre de la clandestinité, long monologue prononcé devant des témoins à peu près muets. Tour de force identique, quelques années plus tard avec l'adaptation d'Erasme pour un Eloge de la folie de l'ère nucléaire, écrite par un Tomasi révolté et souffrant autant de ses maux physiques que du spectacle de l'injustice et de la misère régnant sur le monde. Avec
Miguel Mañara, nous abordons une autre facette d'Henri
Tomasi, un temps tenté par le mysticisme : le "mystère"
de l'écrivain lithuanien avait su toucher le compositeur
et, après une première musique de scène pour
les représentations du texte intégral, ce fut la
superbe partition lyrique. Une partition achevée dans le
calme de la Sainte Baume, à un moment où Tomasi,
très sérieusement, envisageait de se retirer dans
les ordres. L'évocation du Concerto pour guitare (qui sera suivi des concertos pour la contrebasse et le violoncelle) attire l'attention sur la façon dont Henri Tomasi - grand chef reconnu comme tel par les musiciens, par ses pairs et par les compositeurs dont il révéla les oeuvres - sut utiliser sa grande connaissance des instruments pour confier à bon nombre d'entre eux une ou plusieurs partitions destinées à mettre en valeur leurs possibilités, à exploiter leur caractère propre, voire à les conduire à leurs plus extrêmes limites. On relèvera, parmi les plus belles et les plus difficiles ("Pour les jouer - confiait naguère un de nos grands solistes médiatiques à un de ses vieux amis - il faudrait que je travaille... ") des pages pour le violon, pour la flûte, pour la trompette - à Marseille, en 1963, Joseph Lazzini en fit un savoureux ballet sous le titre de concerto-quadrille qui vit évoluer même les machinistes de l'Opéra municipal - pour la clarinette, pour l'alto, pour le cor, pour le trombone, pour le basson, pour le hautbois, pour le galoubet et les tambourins, pour le violon. Quant à sa musique de chambre, elle n'est pas abondante comme son répertoire concertant mais Tomasi, pour diverses formations (quintette à vent, trio d'anches, trio et quatuors à cordes et petits ensembles) a su écrire de fort belles pages que quelques musiciens curieux ont à leur répertoire et qu'on aimerait entendre plus souvent. Le piano n'a pas été un instrument de prédilection pour Henri Tomasi. On relèvera des Pièces brèves que Jean Doyen n'hésita pas à créer (mais on ne sait pas s'il les a longtemps maintenues à son répertoire), des Paysages, des Fantoches, une Berceuse dont nous ne savons pas grand chose. Plus personnel, sans doute, ce Coin de Claudinet, pièces faciles (où passe en écho certaine Marche des Rois qui inspira si fort le grand Bizet), que le compositeur créa en 1948 mais dont le dédicataire, son fils Claude, né cette année-là, m'a avoué n'en avoir jamais joué lui-même la moindre note ! D'autres pages jalonnent la vie de Tomasi, témoignant de l'évolution de son style, qu'une sorte d'ascèse conduit, sans jamais lui faire perdre son sens solaire des couleurs, de la profusion des premières pages à une grande rigueur d'expression dans les pages ultimes. On a pu comparer cette évolution - disons de Manara au Concerto de guitare - à celle qui conduit un Manuel de Falla de la Vie brève, au quasi monastique Concerto pour clavecin. Des
partitions de Tomasi, lyriques, vocales, symphoniques, oratorios,
etc. que je laisse pour aujourd'hui dans une ombre qui n'a rien
de méprisant, je voudrais cependant citer deux titres :
le ballet Noces de cendres (1952) et Retour à
Tipasa (1966). Dans la première, c'est l'ab- surdité
de la guerre (sa "connerie" osera dire Prévert
dans une de ses plus belles poésies) qui nous saute au
visage, même en l'absence de toute représentation
scénique, par ce "Dies irae" qui se disloque
sur un rythme de blues. Et dans la seconde oeuvre il faut savoir
entendre la magnifique leçon d'espoir d'un homme malade,
désabusé, à ses auditeurs que la partition,
dans sa conclusion, baigne d'une surprenante lumière. Au
moment même où Tomasi hurle un pathétique
"Je n'espère plus en l'homme...
", il trouve les sons, les modulations qui
donnent tout leur sens aux paroles de Camus En guise de conclusion Maurice
Fleuret, comme tous ceux qui ont connu le compositeur, comme tous
ceux qui ont joué ou étudié, qui jouent et
étudient sa musique, en a cerné fort exactement
les caractéristiques et les motivations Gabriel VIALLE (juin/octobre 1995) Reproduit avec l'aimable autorisation
de l'ARCADE (Région PACA) |
|
Accueil - Biographie - A Propos d'Henri Tomasi - Oeuvres - Ecrits - Images - Bibliographie Association - Centenaire - Evénements - Liens |
|
© Claude Tomasi 2002 - - Tous droits réservés - All Rights Reserved Conception et réalisation : Paul-Eric LABROSSE |